À nous les petites montagnes

sdrUne page se tourne, celle des longues plages

Des côtes et des falaises, des vagues bleues et vertes

Des coquillages, otaries et mouettes

Depuis août je n’ai vu des monts les verts alpages.

 

Allons ! Les cols, les torrents, les sommets m’appellent

Attendent que mes souliers viennent imprimer leur trace

Depuis trois mois bientôt mes empreintes s’effacent

Et tout mon être a faim de ces neiges éternelles

(demain, départ pour les montagnes du centre de la Tasmanie, pour une randonnée de 6 jours appelée l’overland track. Puis 3 jours vers le Frenchman’s cap)

Le bon port

À vingt mille kilomètres de son appartement

On n’a pas de chez soi où l’on peut se poser

Quand le ciel est pluvieux ou que l’on est blessé

Recharger ses batteries attendre le beau temps

 

Ou une pièce détachée qui vient du continent.

Le Nook accepte tous les gens à sac à dos

Les routards sans un sou les vieux fans de rando

Beaucoup de jeunes aussi Australiens pour un an

 

Venus gagner leur croûte et surtout s’amuser

Pour une somme modique on y est accueilli

Dans un petit dortoir on y trouve un lit

Une cuisine très pratique du thé et du café

 

Dans le très grand salon tu peux y rencontrer

Ornithologue teuton ou YouTubeur chinois

Partager une bière ou bien un bon repas

Je sais si j’ai besoin où me réfugier

btr

Coïncidences

Dans la grande loterie des rencontres de voyage
Avez-vous remarqué que grande est la fréquence
Même si on est très loin des lieux de son enfance
Des gens qui ont connu quelqu’un de ton village

Un copain un collègue un ami de trente ans ?
J’ai eu cette surprise deux fois en vingt-quatre heures
En parlant cinq minutes avec des voyageurs
Vous connaissez un tel ? Fort bien. C’est renversant !

Photos :les painted cliffs sur l’île de Maria, Tasmanie

btrdavbtr

Boire la tasse

Le randonneur aime à montrer de belles photos

Des plages au soleil au ciel entièrement bleu

Le lecteur de son blog, crédule et envieux

Dit « quelle chance a Florent d’avoir cette météo »

 

Détrompe-toi lecteur, le réel est moins rose

Car bien des éléments, vents, pluies et même grêle

Sur le faible marcheur s’abattent pêle-mêle

Plus souvent qu’à leur heure et sans laisser de pause

 

Cette fois par exemple, après une longue journée

Où j’avais alterné imper et lunettes noires

-les arcs-en-ciel ici se laissent souvent voir-

Sur la ligne de crête je quittai un sommet

 

Un vent fort se leva qui fait marcher penché

Pluie et grêle s’en mélèrent me frappant le visage

Contre ça les habits ne sont d’aucun usage

L’eau rentre par le cou, on est vite trempé

 

Le froid s’empare de vous et il faut avancer

Trouver le bon chemin, passer cette maison

Où aboient de gros chiens bien plus que de raison

Par le raffut qu’ils font la fermière alertée

 

Me hèle : »voulez-vous prendre une tasse de thé ? »

Dieux ! C’était bien venu et puis le feu de bûches

Où j’ai pu me sécher. Et du miel de ses ruches !

Puis où planter maIMG_20191019_173751.jpg tente, un endroit abrité.

 

Face à face avec le diable

Au bout de mon repos de quelques jours forcé
Dû à cette armature de tente mal filetée
Me voilà qui campe sur cette île au nom banal
Où après dix minutes passées au tribunal

Pour un menu larcin venaient finir leur vie
À l’autre bout du monde de petits délinquants.
Les murs sont écroulés de ces prisons d’antan
Maria est devenue un petit paradis

Où la faune s’ébat sans crainte des chasseurs
Et de nombreux wombats comme d’énormes marmottes
Paissent sur les prairies, tout paisiblement trottent
Comme jadis les dodos sans aucun prédateur

La famille kangourou est un peu plus craintive
À moins de quelques mètres on ne peut l’approcher
Mais il me semble bien qu’ils n’ont pas l’air stressés
Lui s’est manifesté de manière plus furtive

Le diable aux oreilles rouges, celui de Tasmanie
Petit toutou pépère rare sur les chemins
Il s’est aventuré presque à portée de main
Couronnant dignement ce bel après-midi !dig

Le grain de sable

Tout allait pour le mieux, après le temps des pluies,

Le soleil était là, décidé à rester.

Depuis une semaine de cette traversée

Vers le septentrion de l’île de Tasmanie

J’atteignais la moitié. Aucune tendinite

Pour me contrarier. L’étape de la journée

Avait été riche en serpents et échidnés

Pour dormir cette nuit je choisis un beau site

À l’ombre des gommiers non loin d’une source d’eau

Quand tout va bien comme ça il faut s’attendre à tout

Qui aurait pu prévoir que du rouleau le bout

Était près d’être atteint, et que cette rando

Serait interrompue par une pièce de cinq grammes

Qui fait tenir ma tente, dont la rupture hélas

Transforma celle-ci en informe limace

Et vint m’apporter la promesse de nuits infâmes

Aussitôt je rentrai vers une grande ville

Depuis deux jours j’y erre en guettant le postier

Qui depuis l’Australie doit dare-dare m’amener

Cet anneau de métal, élément bien fragile

Mais bien indispensable pour repartir marcher btrbtr

Plaisir national brut

Un chauffeur d’autocar, en cachette du patron,

Un surfeur photographe, un pêcheur retraité

Entièrement tatoué, un aventurier

Amateur de base-jump, un tondeur de moutons

 

Capable d’en raser deux cents dans la journée

Tout en parlant rugby, une hippy jardinière

Qui fit un grand détour : tous ces gens me sont chers

Car sans contrepartie, ils m’ont fait avancer

 

De quelques kilomètres vers ma destination

Vers des endroits paumés sans même s’effrayer

De mon énorme sac ou bien mon apporté

Quelque chose de très rare, une bonne information

 

Sur les sentiers possibles, sur les réserves d’eau

Sur tout ce que le net ne veut pas divulguer

Pour des raisons obscures liées au porte-monnaie

Cette entraide spontanée rend ce pays très beau

Après les plages, les falaises

J’ai quitté la péninsule de Freycinet sur laquelle j’ai croisé mon premier serpent tigre et, plus sympa, pas mal d’échidnés (une sorte d’hybride entre le hérisson et l’ours en peluche) pour une autre péninsule, celle de Tasman, un peu plus au sud, au large de Hobart.

Cette péninsule était un lieu de détention des « convicts » au 19ème siècle. Le pénitencier se visite encore à Port Arthur, ainsi que la « dog line » là où la péninsule ne fait plus qu’un isthme de 30 mètres de large, où des molosses affamés, répartis sur la largeur, empêchaient toute évasion par la terre.

Mais le randonneur d’aujourd’hui est attiré par les fabuleuses falaises de granite qui forment des aiguilles étonnantes et vertigineuses. Les forêts ressemblent un peu à la jungle, avec de grands eucalyptus et des fougères arborescentes.

Il fait plutôt beau et froid, le temps idéal pour les balades.

Pas de photos cette fois, connexion trop mauvaise (je suis dans la cambrousse)

La rando reprend !

Après ma halte à Hobart, j’ai rejoint la péninsule de Freycinet (il y a pas mal de nom français ici, Napoléon ayant envoyé une expédition pour cartographier l’île) au Nord-Est.

J’y suis depuis trois jours maintenant, et je ne le regrette pas : superbes randonnées en bord de mer, temps magnifique, presque personne, des plages fabuleuses et des forêts sympa, de belles collines (ou montagnes ? 600m) de granite rouge… et une faune sauvage riche : cygnes noirs, aigles, perroquets noirs à queue jaune, et pas mal de wallabies et de pademelons (des petits kangourous).

Demain j’ai une étape un peu fatigante avec deux cols et deux sommets. Je compte rester encore quelques jours pour aller vers le Nord, aux Friendly Beaches, qui est l’endroit où les britanniques ont rencontré pour la première fois des aborigènes (les rencontres suivantes ont hélas été moins amicales).

Une petite anecdote piquante : cette nuit, pendant mon sommeil, un currawong (sorte de corbeau local) a senti de la nourriture dans ma tente, tenté de l’obtenir en piquant du bec (faisant quelques petits trous sans conséquences) puis a ouvert la fermeture éclair, déchiré un emballage et piqué une tranche de pain !btrbtr