Décision

La marche commençait bien : déposés par l’avion
Dans ce Sud-Ouest sauvage nous avions entamé
Sur les chemins boueux, les marais détrempés
Et les côtes venteuses, la lente migration

Nos pieds étaient trempés car l’eau était partout
Dévalant les sentiers. Le moral était haut
Les buissons en fleurs, les rivages étaient beaux
Qu’importe alors la vase montant jusqu’aux genoux !

Arriva une rivière, simple formalité
En des temps moins pluvieux. Elle charriait des eaux noires
N’en voyant pas le fond, on la sonda pour voir
À un mètre du bord on n’y avait plus pied

Et le courant furieux pouvait nous emporter.
On discuta longtemps cherchant une solution
Craignant l’issue fatale on prit la décision
Frustrante-mais vitale-de nous en retourner

Nous voici revenus à notre point de départ
Pas trop fiers mais vivants, et scrutant le gris ciel
Modernes Robinsons, espérant que deux ailes
Soudain apparaîtront pour rentrer à Hobart

Anticipation

Je pourrais être au chaud dans mon appartement

Le matin discuter en prenant mon café

Et voir la pluie tomber de mon bureau chauffé

Vivre en Parisien bien confortablement

 

L’avion me posera sur une piste de terre

Dans le sud-ouest de l’île, le lieu le plus pluvieux

Avec huit jours de bouffe, l’imperméable douteux

Au pays de la boue, celui dont les rivières

 

Se nourrissent grassement de trois cents jours de pluie.

De l’eau jusqu’au genou, nous les traverserons

Par ici les chaussettes détrempées resteront

Comme du reste les chaussures et les autres habits

 

Pas le droit de faillir : une semaine nous sépare

Du premier bistroquet, la première mobylette

Pour héler les secours, réseaux et internet

Seront inexistants, pas même une petite barre

 

Or avant d’aborder cette piste très sauvage

Je me sens aspiré par l’esprit d’aventure

J’ai envie de plonger dans cette fauve nature

D’affronter la rudesse brute de ces rivages images (12)

Dans les Grampians

UnbtrIMG_20191128_085715.jpgIMG_20191127_083937.jpg marcheur de rencontre m’a conseillé ces monts

Accessibles en transport, chose rare en Australie

Petit massif de grès où sur de vertes prairies

Paît l’émeu aux grands yeux, aux pattes et cou longs

 

Un labyrinthe de blocs aux formes biscornues

À l’air bellifontain, en bien plus montagneux

Et sans les Parisiens ! Des chemins sablonneux

Joignent falaises et forêts aux plantes inconnues

 

Aux fleurs en forme de tube où vient se rassasier

Un oiseau au bec fin et au jaune plumage

Parfois entre deux rocs court un étroit passage

Le grès est abrasif, il pourrait déchirer

 

Le sac ou bien la tente, ou bêtement me coincer

On empoigne alors ce fardeau bien lourdingue

On le pousse comme on peut entre ces gros poudingues

Au sommet cet effort sera récompensé

Great Ocean Walk

Sur l’immense continent je recherche le sec
Les marches où l’on peut espérer que les pluies
Se feront plus discrètes et puis la neige aussi
Celui que j’entreprends me semble un bon trek

Au titre prometteur :Grande marche de l’océan.
Certes il n’y tombe pas goutte mais le vent déchaîné
Lance le sable des plages sur ma peau exposée
Imitant à merveille le fameux instrument

Qui nettoie les façades, qu’aiment certains politiques
Une fois dans la forêt je suis bien abrité
Mais je surveille les branches haut dans la canopée
Les troncs frappent et se cognent dans un vacarme mythique

Alors que je contourne l’immense eucalyptus
Une grosse peluche grise escalade son tronc
Le koala timide avec son visage rond
Dont le côté mignon fait pour tous consensus !

La nuit un grondement semblable à la fois
Au grognement d’un chien, au sanglier fouineur
Au ronron du gros tigre digérant le dompteur
Déchire le silence et me glace d’effroi

Quel peut être ce fauve à la puissante voix ?
Elle retentit encore dans le petit matin
Et m’accompagne toujours au long de mon chemin
Vu dans la canopée :  c’était un koala !

À part le premier jour et son vent ensablé
Les conditions de marche ont été idéales
Ni trop chaud ni trop froid, pas de pluie tropicales
Les criques à l’eau verte, pour seule empreinte, mes pieds

Les vagues sont puissantes et tombent avec fracas
Alors que j’avançais sur le sable mouillé
Une vague scélérate par derrière m’aspergeait
Me trempant les chaussures, rien de grave cette fois

Ce sera une leçon pour les plages ultérieures
Des vues réjouissantes sur falaises et rivages
Les levers de soleil embrasent les nuages
Serpents et kangourous, ces derniers chamailleurs

Et des perroquets rouges complètent le tableau
Les campings sont pratiques, bien protégés au sein
D’un bois d’eucalyptus. Les soirs y sont sereins
Chaque jour nous entraîne vers des plaisirs nouveaux !btrbtrdavdavIMG_20191122_133211.jpg

Dessous les monts Hazards

La plage était jolie, certes, parsemée de boules

De granite coloré. Son sable granuleux

Ne manquait pas de charme et l’astre lumineux

Peignait en tons vert-bleu des eaux exemptes de houle.

 

Mais c’était la dixième de ces quelques journées

Passées en bord de mer dessous les monts Hazards

Où la seule surprise me vint d’un gros lézard

Mastoc à langue bleue. Pour me désennuyer

 

Sautai de bloc en bloc, contournai la falaise

Là trouvai un sentier de toutes les cartes absent

L’empruntai malgré tout pour quelques courts instants

(après en escalade il fallait être balèze

 

Et avoir du matos). Mais sur ce court tronçon

Des talus somptueux de granite plongeaient

Vers l’océan placide. Dessus, de grandes traînées

D’ocre, de noir et de rouge, couleurs de Roussillon

 

Et puis, vert, blanc et gris. Quel émerveillement !

Quelle méthode fertile de laisser quartier libre

À ses yeux pour choisir le chemin qu’on va suivre

Sans idée préconçue, sans s’imposer de plan

 

Et dans une randonnée au plein sens de ce mot

Il faut lancer les dés, il n’y a pas d’autre règle

Pour trouver ces endroits où seuls vont les grands aigles

Et les marcheurs chanceux recherchant du nouveau IMG_20191115_160301btrIMG_20191116_084330.jpg

 

 

Toute la Tasmanie ? Non !

Après l’épopée blanche, je devais aborder

Un autre grand sommet, « le chapeau du François »

Quand je lui en fis part : « Mais vous êtes fada ?

On attend de la neige, du vent et des gelées.

 

C’est folie d’entreprendre ça et puis les nuages

Boucheront toute la vue » me dit une ranger

« Je serais à votre place je marcherais ailleurs.

Il y a sur cette île bien d’autres paysages. »

 

Je cherche sur internet la carte météo

Comme le village gaulois seule une péninsule

Résiste au marasme, territoire minuscule

Où l’on peut s’exclamer « Ah ! Que le temps est beau !  »

 

Me voilà revenu sur cette extrémité

Où près de blanches plages sautillent des dauphins

Et sur de rouges collines les serpents prennent un bain

De soleil sans savoir qu’ils sont privilégiés.

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L’épopée blanche (cette fois c’est fini !)

La caravane

Vingt personnes en même temps font la même randonnée
Chaque soir se retrouvent au refuge suivant
De refuge en refuge toujours les mêmes gens
Progressivement des liens entre eux se sont liés

Le matin on s’enquiert des projets de chacun
Des groupes partent ensemble dans les monts enneigés
Petite caravane s’étire sur le sentier
Les premiers s’efforcent de trouver le chemin

Parfois bien caché sous une couverture blanche
Où l’on peut voir parfois des traces de wallaby
De wombat ou de diable. Les suivants sont ravis
Que la trace soit faite et personne ne flanche.

Lorsqu’on est au refuge un feu est préparé
On s’assure que chacun est arrivé au bout
Du chemin saint et sauf. Les copains de baroud
Échangent des impressions durant toute la soirée.

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