Silence à Athènes

Chante, Ô muse, la colère du virus, le covid

Colère funeste, qui causa tant de malheurs

Fermeture des musées, des restaus à cette heure

Le Grec barricadé, les rues étrangement vides

 

Où l’on croise parfois le visage masqué

D’Athéniennes aux beaux yeux prenant des précautions

Pour ne pas respirer cet inquiétant poison

Étrange épilogue de ma brève Odyssée

 

Des pays à l’arrêt, les frontières sont étanches

On ne s’embrasse plus, la moindre toux est suspecte

Et quand je t’ai touchée, vite tu te désinfectes

Au gel qui sent l’alcool, éternues dans ta manche

 

Ne devrais-je pas mieux rester dans la nature

Reprendre sac et chaussures, repartir vers l’air frais

Ne pas croiser partout tous ces regards inquiets

Attendant que ça passe reprendre l’aventure ?

 

Photos : les Anciens, déjà, portaient le masque

-Agamemnon

-et un barbu anonyme, mais souriant

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Épilogue ?

Durant tous mes voyages, j’ai été à la fois

Le disert troubadour, le chevalier errant

C’est un fait assuré, on ne peut maintenant

Se soustraire aux regards, c’est l’implacable loi

 

Et l’on chante ses louanges pour éviter que d’autres

Exhumant un cadavre ne s’en chargent à votre place

Mon quotidien ne fut pas tous les jours sensass

Et notre aède dut, pour satisfaire votre

 

Appétit d’émotions appliquer une loupe

Grossissante où un chien, caniche à sa mémère

Se muait en molosse salivant de colère

Un brave marsupial au repos sur sa croupe

 

En être majestueux, fougueux et sanguinaire

Afin de compenser l’absence de dragons

Lézards bruns et serpents sommeillant sur un tronc

Ont aussi complété le fabuleux bestiaire

 

Et voilà que j’atteins la rive du retour

J’arrive dans un pays déserté, calfeutré

Où une fièvre étrange a tout mis à l’arrêt

Et des passants masqués font un large détour

 

L’essentiel à mes yeux est que cet exercice

A été un lien ténu mais régulier

Avec quelques amis, collègues et familiers

Qui par leurs commentaires, parfois plein de malice

 

M’ont fait moins solitaire. Que ce petit noyau

De lecteurs assidus qui furent assez tenaces

Pour suivre l’épopée sans jamais être las

En soient remerciés : c’est vous les vrais héros !

Photos :

Un minotaure

Le temple d’Héphaistos à Athènes

Une belle grimace !

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Les poupées russes

Comme au Tour de France l’avant-dernière journée

Emprunte les lacets des routes de montagne

Et puis le lendemain on vient jouer la gagne

Sous l’Arc de Triomphe, sur les Champs-Élysées

 

Je me suis rapproché en stop et puis en bus

De l’objectif final, la ville aux grandes tours

Ai dormi à dix bornes, et puis le dernier jour

Parcouru quelques plages, atteint le terminus

 

Que je m’étais fixé pour Te Araroa

Arrivée moins voyante que celle du Tour cycliste

Malgré tout saluée par d’amicaux plagistes

Qui voyant ma dégaine ont reconnu en moi

 

Un adepte du sentier aux dimensions mythiques

Et m’ont encouragé avec leurs joyeux cris

Ignorant que j’avais pris quelques raccourcis

Rendant cette odyssée un peu moins homérique

 

Il me restait du temps, ai donc quitté Auckland

Pour la ville de Thames d’où suis parti marchant

Trois jours vers le Pinnacle un ultime volcan

Manière de dire Adieu à la Nouvelle-Zélande

 

Voir un dernier Kauri, trois mètres de diamètre,

Une forêt de fougères, les oiseaux familiers

Quelques rivières paisibles à traverser à gué

Et d’un petit sommet de la vue se repaître

 

Adieu la marche à pied, du moins pour quelques temps

Dans une semaine serai revenu au pays

Dans mon congé d’un an, j’en prends un plus petit

-gigogne sabbatique- que je veux différent

Photos :

Le Cookson Kauri, 10 m de circonférence

Le Pinnacles, en haut à gauche. Nom bien ambitieux pour ce sommet de 759m !

Une belle forêt de fougères arborescentes

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Retour au bercail

Arrivé à deux heures dans ce camping immense

Au bord d’une grande plage grouillante de surfeurs

De licornes gonflées et du cri des nageurs

S’ébattant dans l’eau bleue, courant dans tous les sens

 

Le soleil encore haut tous quittent le bord de mer

Montent dans leur voiture avec tous les bambins

C’est que demain il faut reprendre le turbin

Comme tous les lundis dans la grande fourmilière

 

Moi, j’erre solitaire entre leurs bungalows

Seuls moineaux et grillons meublent le grand silence

Et au loin le roulis des vagues qui s’élancent

Sur la plage déserte pour cinq jours de boulot

 

Un sentiment étrange m’étreint : je les envie !

Au sein de ma famille reprendre une vie normale

Un labeur quotidien dans la ville infernale

Je sature de la marche et d’être seul la nuit.

Photo: un vol d’oies part vers le Sud, curieusement

 

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