Ça sent l’écurie !

Le lecteur m’a quitté un jour d’épuisement

D’incessantes montées, de discrètes descentes

Les journées qui suivirent furent bien moins éprouvantes

On avance désormais moins douloureusement

 

Côtes plages et forêts de Kauris se succèdent

À l’horizon se hissent des îles volcaniques

Et à nos pieds déferlent les vagues du Pacifique

Avec lesquelles jouent de splendides palmipèdes

 

La seule difficulté est liée à la marée

Il faut tous les jours bien connaître ses horaires

Sans quoi on est coincé pour passer l’estuaire

Il faut attendre des heures avant de traverser

 

De km il ne reste pas plus de cent cinquante

Avalé les trois quarts, dans quelques jours enfin

L’arrivée à Auckland, ce but n’est plus lointain

Nous voilà presque au terme de cette longue sente

 

On goûtera le plaisir d’être arrivé au bout

Se reposer un peu avant de prendre l’avion

Pour notre vieille Europe, pour le septentrion

Où l’on dit qu’un virus rend les gens un peu fous

Photos :

Un pou whenua, totem apaisant !

Mer et campagne

La côte Pacifique. Un œil exercé verra des orgues basaltiques

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Toujours plus haut !

Une petite promenade, je devrais en avoir

Pour pas plus de six heures sauf imprévu notable !

Pas de rivière en crue ni de terrain instable

Les conditions sont bonnes, je démarre plein d’espoir

 

Les premiers mètres confirment ce qui était prévu

Herbe tendre terrain souple juste une petite pente

Qui rejoint la forêt aux racines saillantes

Quelques marches élevées-un peu dur ce début-

 

Après ce tournant on pourra se reposer

Mais non c’est incroyable, c’est que ça monte encore !

Et voilà que finit la fraîcheur de l’aurore

La pente est toujours rude sous ce soleil d’été

 

Je ferai une pause sur le prochain replat

Au bout d’une demi-heure il n’y en a pas eu

Je finis par craquer et jette sur le talus

Ce sac à dos trop lourd. Je me repose là

 

Je suis bien requinqué. Mais tout de suite c’est dingue

Un mur infranchissable, mes cuisses sont à l’arrêt

Elles semblent impuissantes tout comme mes mollets

Il est des jours comme ça où le corps se déglingue

 

Et refuse d’avancer. Après plus de neuf heures

De grimpette continue, me voilà arrivé

Au bord d’un estuaire, un camping ombragé

Au niveau de la mer, amis cherchez l’erreur !

Photos :

Vue sur la mer au petit matin

Un peu plus tard, les fameux nikaus, palmiers néo zélandais

Et un Kauri, arbre fétiche ici !

La Nouvelle-Zélande, c’est surtout ce genre de vue :des alpages à mouton ou à vache (ici un peu jaune pour cause de sécheresse)

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Longue sera la route !

Nous voilà donc enfin sur Te Araroa

Cette longue randonnée, le Camino d’ici

En guise de coquille la mascotte choisie

Un motif maori que l’on découpera

 

Dans une algue géante échouée sur la plage

De la première étape. Dans ce nord tropical

Le temps est chaud et sec en cet été austral

Je suis vraiment tout seul : on débute ce voyage

 

D’habitude en novembre, car il dure cinq mois

Et le marcheur préfère éviter l’air glacial

Une sorte de Finistère de cendres et de sable

Inaugure le parcours puis un vénérable bois

 

Belle forêt primaire où pousse le nikau

Le palmier de cette île et des Kauri très droits

Ceux dont on fit les coques des canots autrefois

Au fond de la rivière, pieds et genoux dans l’eau

 

J’ai lutté pour passer contre mes propres doutes

Une fois sur la terre ferme j’ai perdu mon chemin

Puisé dans mes ressources pour rejoindre enfin

Une piste forestière et reprendre la route

 

Maintenant arrivé dans une baie magnifique

À l’infinité d’îles où vaquent les voiliers

Je me repose un jour avant de rempiler

Reprends un peu de forces après cette marche épique.

Photos :

Mascotte faite maison

Le cap Maria van Diemen

La forêt de Puketi… Et la fameuse rivière

Repos ! Dans la baie des îles

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Fini les vacances !

Nos jambes toujours en marche ont pu se reposer

Après un tour au lac Waikaremoana

Parcouru sous les arbres d’une vénérable forêt

Aux cascades mousses et verts panoramas

 

Dans Napier la cité rasée par un séisme

Et qui a vu fleurir des façades art déco

Puis à Rotorua, ville de thermalisme

Aux sources d’eau bouillante qui servirent aux cuistots

 

Maoris de réchaud, dont c’est la capitale

À chaque coin de rue on tombe sur une Haka

De fougères tatouées, de grimaces magistrales

Aux yeux blancs révulsés, aux langues tirées à dia

 

Mais c’est fini ! Demain débute le pèlerinage

Depuis cap Reinga, de cette île l’extrême nord

Le Te Araroa, le sentier qui voyage

À travers ce pays jusqu’à son austral bord.

 

Plusieurs millions de pas, toute la Nouvelle-Zélande

C’est un défi énorme qui requiert de longs mois

Je n’en ferai qu’un bout, j’irai jusqu’à Auckland

Pour les vingt jours qui restent, un beau morceau déjà !

Photos :

Falaise de Panekire, bord du lac Waikaremoana

Une usine Art Déco à Ahuriri (sic !), quartier de Napier

Une belle grimace de bois

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Intermède

Entre deux longues marches sur les pentes abruptes

Les plateaux exposés où ploie le flasque flax

Les vallées où souvent s’écoule un lahar brut

Notre héroïque marcheur quelque temps se relaxe

 

Il se laisse séduire par les délices de Taupo

Goûte les eaux du lac, bulle dans les sources thermales

Regarde d’autres frémir et sauter de là-haut

De la falaise droite, poussant un cri primal

 

Dans des parcs arborés au soleil du matin,

Il chille, le nez au ciel, cherchant de nouveaux vers

Quand il en a envie il s’essaie au dessin

Ou lorgne les kayaks qui remontent la rivière

 

Après de telles pauses, trouverai-je toujours

Vers de nouveaux efforts la force de me lever

Ou comme une patelle, le pied devenu lourd

Vaincu par le farniente resterai allongé ?

Photos :

Les volcans Ruapehu, Ngauruhoe et Tongariro au-dessus du lac Taupo

Un gardien du temple maori

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Contemplation

Autour de trois volcans au nom très autochtone

Tongariro étant de loin le plus aisé

Pour nous à prononcer, pour un temps j’abandonne

Mon esprit trop critique. Je le mets de côté

 

Et me laisse gagner par le plaisir primaire

De la contemplation de ces grands monts sublimes

De basalte et de cendres. Des étangs bleus et verts

Se lovent dans leurs cratères tout au fond de l’abîme

 

Des talus rouge sang ou parfois d’un blanc pur

Coulent de somptueux cônes d’une symétrie parfaite

Pierre ponce et obsidienne, poussière et lave dure

Se succèdent sous nos pas, et plus loin sur l’arête

 

Plus jaune d’un monticule vrombit un flot soufré

De vapeur colorée dégageant une senteur

Semblable à nos vignobles quand on les a traités

Dans leur étrangeté, pour notre promeneur

 

À chaque virage c’est un plaisir renouvelé

Un œuvre différent mêlant à sa manière

Une palette de couleurs infinie bariolée

Qu’on approche de l’extase dans ces jeux de lumière !

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Petite rando

Certaines randos sont « grandes », on y met le paquet :

Toilettes sur le trajet et refuges tout confort

Les chemins impeccables, on n’y peut trébucher

Tout cela se réserve, les prix sont en rapport

 

Je les ai arpentées. De leurs panoramas

J’ai pris mainte photo et je me suis lavé

Dans leurs douches bien pratiques. Mais je ne sais pourquoi

Je me sentais en ville dans un monde fabriqué.

 

Le tour du mont Egmont n’avait pas ce label

Personne sur les sentiers recouverts de racines

Traîtresses et tortueuses, de broussailles rebelles

Dont il faut écarter les branches aux longues épines.

 

Les rivières se traversent les chevilles dans l’eau

Et l’on s’aide des mains pour passer le ravin

Aux pentes érodées qui rejoint le ruisseau

Et souvent il arrive qu’on perde son chemin.

 

Sur une face exposée en haut du mont Henry

Déferlait un vent à dépoiler les barbus

Il voulait m’éjecter comme un sumotori

Loin du chemin de crête vers les pentes herbues

 

C’est bien ce que je cherche, c’est cela qui me plaît

Lorsque rude est la route, chère est la récompense

Douce la satisfaction d’être enfin arrivé

Au refuge solitaire où l’on savoure sa chance.

Photos :

Chemin sous les fougères

Une rivière sous le Dôme

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