La dernière rando en Tasmanie

À peine désentravé, me voilà reparti

Vers le parc du Mont Field pour l’ultime rando

Dans cette Tasmanie à l’instable météo

Alternant chaque jour enfer et paradis

 

Pour cette marche d’adieux les cieux furent plus cléments

On a pu arpenter la sente des sommets

Dans les nombreux étangs admirer les reflets

Des montagnes enneigées et des arbres géants

 

Comme un dernier présent, l’ornithorynque furtif

Pointa le bout du bec et même des bandicoots

Et puis des petits quolls nous souhaitèrent bonne route

Eux qu’on rencontre peu, d’ordinaire si craintifs !

[j’ai pu faire des photos de quoll, mais pour les ornithorynques et bandicoots, je n’ai pas eu le temps !]

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Extraction

Chaque jour qui passait, on scrutait l’horizon

Vers la chaîne de montagnes, essayant de la voir

Parfois une éclaircie suscitait de l’espoir

Et toujours il fallait se faire une raison

 

Ce n’est pas aujourd’hui qu’aura lieu l’extraction

Au bout de quatre jours, toujours des nuages gris

À midi c’était sûr, de telles intempéries

Empêcheraient le vol de n’importe quel avion

 

Pourtant voici là-haut le bourdon d’un moteur

Les sacs à dos rangés, vers la piste vite on file

Fin de la longue attente, retour vers la grande ville

Je repars vers les monts, car je suis randonneur ! IMG_20191207_173025-670x502IMG_20191207_101800-744x992IMG_20191203_093157-992x744

Distractions

Les Anciens présentaient des sacrifices aux Dieux

Dansaient autour du feu pour leur être agréables

Et parfois obtenaient d’eux des cieux favorables

Qui leur permettaient de voguer vers d’autres lieux

 

Il nous faudra attendre que le temps soit meilleur

Que l’avion atterrisse pour nous évacuer

On en a pour quatre jours, c’est une éternité

On devra s’occuper et faire passer les heures

 

On tente des sorties les pieds dans la gadoue

Pour rejoindre une plage ou les bords d’une rivière

D’autres restent au refuge couchés sur leur litière

Se gavent de biscuits en lisant un Spirou

 

Car on a toujours faim quand on n’a rien à faire

Avec un jeu de cartes à quelques Australiens

On apprend la belote, puis on fait un dessin

Que ce repos forcé ne soit pas un enfer ! IMG_20191206_103154-992x744IMG_20191205_112436-992x744IMG_20191205_113041-992x744

Décision

La marche commençait bien : déposés par l’avion
Dans ce Sud-Ouest sauvage nous avions entamé
Sur les chemins boueux, les marais détrempés
Et les côtes venteuses, la lente migration

Nos pieds étaient trempés car l’eau était partout
Dévalant les sentiers. Le moral était haut
Les buissons en fleurs, les rivages étaient beaux
Qu’importe alors la vase montant jusqu’aux genoux !

Arriva une rivière, simple formalité
En des temps moins pluvieux. Elle charriait des eaux noires
N’en voyant pas le fond, on la sonda pour voir
À un mètre du bord on n’y avait plus pied

Et le courant furieux pouvait nous emporter.
On discuta longtemps cherchant une solution
Craignant l’issue fatale on prit la décision
Frustrante-mais vitale-de nous en retourner

Nous voici revenus à notre point de départ
Pas trop fiers mais vivants, et scrutant le gris ciel
Modernes Robinsons, espérant que deux ailes
Soudain apparaîtront pour rentrer à Hobart

Anticipation

Je pourrais être au chaud dans mon appartement

Le matin discuter en prenant mon café

Et voir la pluie tomber de mon bureau chauffé

Vivre en Parisien bien confortablement

 

L’avion me posera sur une piste de terre

Dans le sud-ouest de l’île, le lieu le plus pluvieux

Avec huit jours de bouffe, l’imperméable douteux

Au pays de la boue, celui dont les rivières

 

Se nourrissent grassement de trois cents jours de pluie.

De l’eau jusqu’au genou, nous les traverserons

Par ici les chaussettes détrempées resteront

Comme du reste les chaussures et les autres habits

 

Pas le droit de faillir : une semaine nous sépare

Du premier bistroquet, la première mobylette

Pour héler les secours, réseaux et internet

Seront inexistants, pas même une petite barre

 

Or avant d’aborder cette piste très sauvage

Je me sens aspiré par l’esprit d’aventure

J’ai envie de plonger dans cette fauve nature

D’affronter la rudesse brute de ces rivages images (12)