Ballade 7 à 16

Quand au bord du sentier harassé de fatigue
Les genoux douloureux les réserves épuisées
Je penserai amer à ce que j’ai laissé
Pourquoi ai-je quitté dans un acte imbécile

Ce train-train confortable deux cent neuf jours par an
Vélo dans le crachin au milieu des voitures
Une fois que j’ai badgé une vraie sinécure
Au bureau cent courriels tous très intéressants

Les minutes s’écoulent en salle de réunion
Un consultant nous montre ses jolis transparents
La ventil est en panne j’ai soif c’est moins marrant
Vingt personnes une table forment un tableau mignon

Des colonnes de chiffres sont à analyser
Triturer expliquer pour que demain nos chefs
Puissent montrer des smileys dans un exposé bref
Leur maîtrise des sous-fifres et le travail livré

Dix heures de ce régime il n’y a plus qu’à rentrer
Aller dans la cuisine derrière les fourneaux
Sans même avoir le temps de lire les journaux
Malgré le frigo vide un festin préparer

Se l’enfiler tout seul écoutant la radio
Je veux lire un bouquin mais ça n’imprime pas
Dessiner mais l’inspiration marque le pas
Je dors quand Kélita rentre enfin du boulot

Les week-ends toujours gris s’ils ne sont pas pluvieux
S’écoulent lentement au milieu du béton
Finalement c’est sûr je crois j’ai eu raison
Il faut briser ce cercle avant d’être trop vieux

Je m’envolerai loin de ces fines particules
Mon nez et mes poumons veulent tout autre chose
L’odeur du bois mouillé le parfum de la rose
Finie l’âcre fumée de vos lourds véhicules

Et puis la liberté de l’âme vagabonde
L’envie seule dictera le choix de mon sentier
Et le soir me dira de ma tente planter
Dans cette clairière où l’herbe verte abonde

Se baigner dans les fjords marcher sur les névés
Ecouter le silence ne plus penser à rien
Qu’au but de l’étape qu’aux fleurs sur le chemin
Se réjouir de la vue que l’on a méritée.

Se réjouir de la vie qu’on peut enfin goûter

Publicités

Ballade (4-5-6)

La tente encore trempée par la pluie battante
De cette nuit, sur des cailloux pointus se plante
Casser la glace du lac pour pouvoir se laver
Une nuée de moustiques qui vient me dévorer

Longues et froides sont les soirées que l’on passe seul
Les nuits d’angoisse où des animaux inconnus
Te menacent avec leurs hurlements saugrenus
Horreur! Ce bruit soudain ! Ouf, ce n’est qu’un chevreuil

Au bout de quelques heures ce besoin de pisser
Mais il fait nuit dehors, et la pluie incessante
Impossible de dormir, l’envie se fait pressante
A sortir de mon sac je dois me résigner

Ballade pour une balade

Pourquoi ai-je soudain fait le choix de quitter
Certes pour un an donc pas vraiment tout-à-fait
Le cocon délicieux d’une aimable famille
Un travail qui me paye, pour des tâches faciles

L’appartement chauffé avec vue sur Paris
Ce que depuis trente ans nous avions bâti
Pour préférer les marches dans la pluie dans le froid
Et le repas de nouilles seul au fin fond d’un bois