Une discrète boule de plumes

Sur Rakiura aux aurorae australis

Au sud de l’île du sud, au Pôle sud de sa vie

Continue l’odyssée pédestre du sieur Brisse

Sa tente rapiécée de grossier scotch kaki

 

Le Kākā, perroquet des bois aux deux macrons,

Ces accents indécis, ni de grave ni d’aigu

Survole les fuschias que ploient les lourds pigeons

Dans la boue de la traque ce n’est que le début

 

Son cri transperce la nuit, distinguable entre tous.

On guette un bruit de pas, une démarche grotesque,

Une forme arrondie aux allures de nounours

Des plumes comme des poils un bec titanesque

 

Arpentent les sentiers deux types de randonneurs :

Les heureux qui l’ont vu, les autres qui espèrent

À l’affût tout le soir souvent pendant des heures

Sursautant dès que craque une branche sous les fougères

 

Nuit et jour j’ai scruté mais me voilà bredouille

Pour la joie des oreilles j’ai eu eu sa mélopée

Pour le bonheur des yeux je me contente du tui

Aux plumes bleu métallique, deux pompons au collier

 

Penaud je rentre au port: à l’aube part le ferry

M’en vais traîner les guêtres dans les ruelles noires

Sur un petit coin d’herbe, hourra c’est un kiwi !

Prouvant que jusqu’au bout il faut garder espoir.

Photos :

La golden bay

Une plante grimpe sur une fougère

Pas de photo du kiwi, il faisait nuit et ils n’apprécient pas les flashes

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Kepler, une rando qui tourne (presque) rond

De nouveau le gros sac, les longues randonnées,

Les nuits dans la nature, où l’on entend la chouette

Hululer dans le noir, les matins sur les crêtes

Et chaque fois plus vertes défilent les vallées

 

D’abord Greenstone-Caples, creusées par les glaciers

Avec ces pains de sucre qui nous toisent de haut

Et ces grasses rivières aux délicieuses eaux

Où deux énormes bœufs poussent des cris inquiets

 

Et puis la Kepler Track, classée parmi les « grandes »

Dont les quelques photos prises depuis les sommets

N’arrivent pas à dépeindre toute la majesté

Une brise légère fait onduler la lande

 

Soulevant la casquette sans la faire s’envoler

Amène un peu de frais de ces neiges éternelles

Que l’on voit au lointain. Et quel bleu dans le ciel

Où pourtant plus de quatre mètres d’eau tombent chaque année

 

Des oiseaux merveilleux, ceux qu’on ne voit qu’ici

De colossaux pigeons aux minuscules passereaux

La queue en éventail, d’autres aux chants bien vocaux

Des perroquets alpins poussent au loin un grand cri

 

Pourquoi presque ? Direz-vous. Tout va donc pour le mieux,

Nature, beauté et temps. C’est ce que tu voulais

En partant de Paris. Difficile de rêver

À séjour plus parfait, pays plus délicieux.

 

Profitant de la nuit, de mon sommeil profond,

Le fameux perroquet, le Kea vert et rouge

Voyant que tout est calme, bien sûr que rien ne bouge,

Et sentant des biscuits, dans mon sac tout au fond

 

Attiré par l’odeur, décide de se servir

En faisant effraction. La tente il déchiquette

Avec son bec habile il détruit la pochette

En bas du sac à dos, et prend ce qu’il désire !

(les photos :

Au bord du lac Manapouri

Vue depuis la crête sur le fjord de Te Anau

Un Kea s’intéresse dangereusement à mon sac)

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Disparition

Depuis quelques semaines, me voilà moins loquace

Cher lecteur tu attends quelques explications

Sur ce qui a tout l’air d’une disparition

Pourquoi ce long séjour hors du cyberespace ?

 

Aurais-je donc perdu le génie créateur ?

Ma si fidèle muse, compagne de mes rêves

Craignant pour ses acquis, se serait mise en grève

Bloquant tous les accès au vers libérateur ?

 

C’est hélas bien plus simple, une question de temps.

Au pays des kiwis et des rugbeux tous noirs

On loue une voiture pour être sûr de tout voir

On avale donc les routes sans quitter le volant

 

Les grands panoramas, les cascades les plus belles

Les côtes magnifiques et les forêts humides

Rien n’échappe à nos yeux grâce au transport rapide

Lorsqu’on s’arrête le soir avec plein de pixels

 

Au fond de l’appareil, il est déjà bien tard

La logistique impose de ne pas rêvasser

Le trajet de demain, il faut le préparer

Or pour écrire des vers il faut être peinard

BONNE ANNÉE À TOUS !!

Les photos :

Un Kea sous la montagne

Une baie dans les Marlborough Sounds

D’étonnantes crêpes sur la côte ouest

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La dernière rando en Tasmanie

À peine désentravé, me voilà reparti

Vers le parc du Mont Field pour l’ultime rando

Dans cette Tasmanie à l’instable météo

Alternant chaque jour enfer et paradis

 

Pour cette marche d’adieux les cieux furent plus cléments

On a pu arpenter la sente des sommets

Dans les nombreux étangs admirer les reflets

Des montagnes enneigées et des arbres géants

 

Comme un dernier présent, l’ornithorynque furtif

Pointa le bout du bec et même des bandicoots

Et puis des petits quolls nous souhaitèrent bonne route

Eux qu’on rencontre peu, d’ordinaire si craintifs !

[j’ai pu faire des photos de quoll, mais pour les ornithorynques et bandicoots, je n’ai pas eu le temps !]

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Extraction

Chaque jour qui passait, on scrutait l’horizon

Vers la chaîne de montagnes, essayant de la voir

Parfois une éclaircie suscitait de l’espoir

Et toujours il fallait se faire une raison

 

Ce n’est pas aujourd’hui qu’aura lieu l’extraction

Au bout de quatre jours, toujours des nuages gris

À midi c’était sûr, de telles intempéries

Empêcheraient le vol de n’importe quel avion

 

Pourtant voici là-haut le bourdon d’un moteur

Les sacs à dos rangés, vers la piste vite on file

Fin de la longue attente, retour vers la grande ville

Je repars vers les monts, car je suis randonneur ! IMG_20191207_173025-670x502IMG_20191207_101800-744x992IMG_20191203_093157-992x744

Distractions

Les Anciens présentaient des sacrifices aux Dieux

Dansaient autour du feu pour leur être agréables

Et parfois obtenaient d’eux des cieux favorables

Qui leur permettaient de voguer vers d’autres lieux

 

Il nous faudra attendre que le temps soit meilleur

Que l’avion atterrisse pour nous évacuer

On en a pour quatre jours, c’est une éternité

On devra s’occuper et faire passer les heures

 

On tente des sorties les pieds dans la gadoue

Pour rejoindre une plage ou les bords d’une rivière

D’autres restent au refuge couchés sur leur litière

Se gavent de biscuits en lisant un Spirou

 

Car on a toujours faim quand on n’a rien à faire

Avec un jeu de cartes à quelques Australiens

On apprend la belote, puis on fait un dessin

Que ce repos forcé ne soit pas un enfer ! IMG_20191206_103154-992x744IMG_20191205_112436-992x744IMG_20191205_113041-992x744