La dernière rando en Norvège

Par bonheur, chaque jour diffère de la veille
Celui-ci, où il plut, en moindre quantité,
Avec des accalmies et un crachin léger,
Eut même la visite de notre astre le soleil

Le déjeuner fut sec, on n’a pas frissonné
Et à plusieurs reprises sur de magnifiques vues
On a pu s’extasier. J’ai même qui l’eût cru
Détordu mon bâton, maintes myrtilles avalé

C’était mon dernier jour, demain il fait trop moche,
Plus froid et plus humide encore que le jour d’hier
Je ne souhaite pas finir sur une civière
Et rejoindrai la route puis la gare la plus proche

On clôt avec regret ce mois norvégien
Ces superbes montagnes très vertes et très variées
Où l’on a pu croiser quelques beaux cervidés.
Tout cela fut possible grâce à l’immense soin

Que les mordus d’ici mettent à entretenir
Sentiers et passerelles, refuges et marquage
Ces magnifiques cairns, totems du paysage
Monticules artistiques qui aux yeux font plaisir

Et sauvent le voyageur perdu dans le brouillard.
Ces gens du DNT, il faut leur rendre hommage
Si tout s’est bien passé, c’est dû à leur ouvrage
Ils ont été parfaits et c’est tout à leur gloire

Publicités

Le dernier trip norvégien sous la pluie

Après trois nuits tranquilles en auberge à Bergen

À randonner très peu et à faire du tourisme

Les bulletins météo font preuve de pessimisme

Il doit encore pleuvoir pour plus d’une semaine

Mais c’est bien pour marcher, pas pour voir des tableaux

Des ports aux grands navires et des églises en bois

Que nous avons quitté le confort de chez soi

Allons sur les sentiers même s’il ne fait pas beau !

Au début ce courage est bien récompensé

Sous un ciel très clément des tapis de bruyères

Des fraises et des myrtilles au milieu des fougères

Et pour passer la nuit un lac bien abrité

Une sorte d’euphorie me prenait à nouveau

Hélas c’était trompeur entre averses et crachins

Je n’ai pas vu le bleu de tout le lendemain

Malgré mes précautions mes chaussures ont pris l’eau

Le marquage des sentiers, fierté de la Norvège

Était très erratique et loin d’être parfait

Je passais tout mon temps à chercher mon sentier

Une trace de peinture, un vague ruban beige

Et puis soudain plus rien. Perdu dans la montagne

Sans aucun autre moyen qu’une boussole et qu’une carte

Deux heures bien solitaires à rechercher des marques

Et le succès tardant c’est l’inquiétude qui gagne

Enfin derrière un col une belle pierre dressée

Je retrouve ma route la tension redescend

Je ressors épuisé de cet événement

Inattendu ici et qui m’a fait stresser

Et le troisième jour tout fut comme prédit

Pendant toute la nuit des gouttes sur la toile

Lors du pliage la tente gonflée comme une voile

Et du matin au soir se succédèrent la pluie

Le crachin les averses sans discontinuer

On avance moins vite sur ces terrains glissants

Les pierres couvertes de mousse et les fougueux torrents

Gonflés des eaux du jour. Et même les sentiers

Se transforment en rivière. Progressivement le froid

S’insinue dans les membres. Malgré les précautions

Les pieds baignent dans l’eau. C’est de la natation,

pas de la randonnée! Et soudain patatras,

Je roule dans le ravin, y tords un des bâtons

Je n’en sors pas blessé mais carrément piteux

Pas possible de camper sur ces sols spongieux

Gorgés d’eau à ras bord, paradis des tritons.

C’est donc dans un refuge, qu’il porte bien son nom !

Que je vais m’abriter, passer la nuit au chaud

Sécher ce que je peux, et partir demain tôt

L’étape sera longue, moins terrible espérons !

Carpe diem

Mardi est dans deux jours, profitons tant qu’on peut
Avant la pluie aussi, il y a le beau temps
La journée s’annonce belle, ciel bleu soleil brillant
Dès qu’on s’est mis en marche sur le sol rocailleux

D’une démarche vive tout en restant sereine
Une robe très sombre, de magnifiques bois
Il tourne à peine la tête en passant devant moi
Un autre grand solitaire, sa majesté le renne

Tout ému du spectacle, je continue ma route
Autour du Snohetta couronné de glaciers
D’où il tire son nom, qui font toute sa beauté
Ont creusé ses vallées et façonné sa voûte

Ils semblent bien fragiles, on dirait des enfants
Qui essayent des chaussures bien trop grandes pour eux
L’écrin est bien trop large, on a pitié pour eux
Dans moins d’un demi siècle ils auront fait leur temps

Quelqu’un près d’un refuge m’indique que dans l’alpage
Pas loin en contrebas paîssent des bœufs musqués
Cousins de Chewbacca mais j’ai beau les chercher
Les hirsutes bovins ont quitté les parages

Au diable ces poilus, je poursuis mon chemin
Dans un monde de silence, pas un bourdonnement
De très rares oiseaux. Seul parfois un torrent
Descendant d’un glacier s’entend dans le lointain

La Snohetta
Le mieux qu’a pu faire mon zoom. La tache noire c’est le renne

Réfugié météorologique

Les anciens, pour connaître le temps du lendemain
Avaient bien des méthodes, toutes aussi efficaces
Que de lancer un dé, tirer à pile ou face
En matière météo, sorciers et devins

Étaient très peu crédibles, ce qui n’est pas le cas
Des météorologues, toujours plutôt fiables
On a bien intérêt à prendre l’imperméable
Lorsque cette profession une averse prévoit

Il faut bien avouer que c’est plutôt pratique
C’est mieux que la grenouille ou bien les rhumatismes
Or depuis hier m’étreint un profond pessimisme
Ils annoncent pour mardi, du Sud jusqu’à l’Arctique

Une semaine de drache qui trempe jusqu’à l’os
Cette perspective me glace, je comptais écumer
Les sentiers de ce parc où sont les bœufs musqués
Galérer sous la pluie, trembler comme un bolosse,

Glisser sur les rochers, patauger dans la boue
Ça va pour une journée, deux à l’extrême limite
Mais sept jours d’affilée et peut-être même huit
Ce sont des conditions qui peuvent me rendre fou

Je vais me réfugier dans une ville sous un toit
Oublier les montagnes, faire un tout petit break
Prendre des douches chaudes, avoir les pieds au sec
Et lorsque je pourrai, repartir dans les bois

Le brouillard, en attendant la pluie

J’en bave… mais il y a des compensations !

Il est des soirs comme ça dans la vie du campeur
Dès qu’il est arrivé à son emplacement
Il tâche de monter le plus rapidement
Sa tente sans qu’elle se trempe (il pleut avec ardeur)

Tout en la retenant pour ne pas qu’elle s’envole
Pour ça de grosses pierres seront un sûr allié
Mais avant de les mettre on utilise les pieds
Si l’on rate son coup c’est l’igloo qui décolle

Après cette brève séance il faut faire le constat
La vie à l’extérieur ce n’est pas pour ce soir
Faire marcher le réchaud ? Il n’y a pas d’espoir
Avec un tel zéphyr l’eau ne chauffera pas

Encore une fois ce soir le repas sera froid.
À l’abri sous la tente – sept heures à peine passées !
La soirée sera longue on doit pour s’occuper
Lire et relire la carte jusqu’à l’ennui parfois.

La nuit sous la tempête même dedans c’est glaciaire
Le seul lieu un peu tiède est au fond du duvet
On a beau y plonger on ressent un filet
Qui coule le long du cou d’un air presque polaire

Au matin la pluie cesse, le vent déferle de l’ouest
Pour replier la tente la même scène reprend
Je bloque le double toit bien fort entre les dents
Tout en usant des mains pour enrouler le reste

Mais progressivement en baissant d’altitude
Le temps devient plus calme on goûte à cette douceur
Qu’on n’espérait même pas seulement voilà une heure
On plonge avec délice dans la grande solitude

Quand soudain à l’arrière d’un bosquet de bouleaux
La fière silhouette de deux jeunes élans
Qui broutent des arbustes à quelques pas seulement
Ils me remarquent vite et filent au grand galop

Leur mère gigantesque dans le talus plus bas
Semble moins apeurée mais à trop m’approcher
Elle préfère disparaître sans bruit dans la forêt
Délicieuse rencontre que je n’oublierai pas

Soudain ce froid arctique et ces pluies démentielles
Deviennent accessoires car ce sont ces instants
Qui font tout accepter. Les moments moins marrants
Sont le prix à payer pour ces cadeaux du ciel

C’est dans ce bois que j’ai vu les élans

Petit rappel de bon aloi

Mais qui est ce marcheur qui titube et trébuche
Et descend vers le lac au prix d’un gros effort
Son épuisement est tel qu’il tremble de tout son corps
Ses mollets sont fourbus ses cuisses sont des bûches

Chaque pas est une épreuve, il a peur de plonger
Et de se rompre les os sur un bloc de granite
Ne serait-ce pas Florent, lui qui allait si vite
Et fier comme Artaban le sac bien trop chargé

En fin d’après midi voulut faire la dernière
Ascension d’un sommet alors que ses souliers
Parcouraient la montagne depuis potron-minet
Retiens bien la leçon, cesse de faire le fier

Ne cherche pas l’exploit mais plutôt le plaisir
Tu es parti pour ça, veille à t’en souvenir

Le sommet du Hogronden, celui de ces vers

Querelle au Valhalla

Après une journée longue et éreintante
Sous un soleil de plomb rare sous ces latitudes
S’étant perdu parfois et pris de lassitude
Quatre jours d’autonomie la masse est conséquente

Après cette journée donc, c’est vraiment capital
Pour y planter sa tente de trouver un gazon
Au bord d’une rivière, à plus forte raison
Que je me sens très crade. Cet endroit idéal

Jugez plutôt :au sein du plus grandiose écrin
De verdure, de fraîcheur, entouré de sommets
Aux courbes arrondies, sans agressivité
Et pour ne rien gâcher, pas le moindre crachin

Au contraire le soleil apporte une douce chaleur.
Linge et marcheur lavés, pâtes rapides dégustées
On se sent détendu, on n’a qu’à profiter
Je crois qu’à ce moment on touche le bonheur.

La vue d’une telle quiétude en a irrité un,
Le dieu des marécages qui voit provocation
Dans cette alacrité, cette plaisante inaction
Ainsi c’est en fureur qu’il s’adresse à Odin

Lui décrit le tableau, cette scène bucolique
« d’autres sont au boulot, celui-ci ne fait rien
Au sein de mon domaine il est bien trop serein
Laisse moi envoyer mes cohortes de moustiques »

Aussitôt des paluds, de dessous les buissons
Apparaissent des milliers de ces furieux vibreurs
Ils forment des nuages compacts de vils piqueurs
Et fondent sur l’intrus, lui font entendre raison

Odin voyant la scène trouve qu’il exagère.
À tout bien réfléchir c’est un peu trop cruel
C’est trop durement payé pour un péché véniel
Il décide discrètement de clore cette affaire

Envoie une légère brise et soudain les moustiques
Ne peuvent plus voler, rejoignent leurs abris
Et sont cloués au sol, leur dieu est en furie
La soirée se finit sans insectes qui piquent

PS:la brise est retombée et j’ai dû finir la dernière strophe sous la tente !

Camping à 1450m un peu venteux